L’Autriche s’attaque au projet nucléaire russo-hongrois devant la CJUE

« L’énergie nucléaire n’a pas sa place en Europe. Nous ne dévierons pas de cette ligne d’un centimètre » a expliqué la ministre autrichienne du Développement durable et du Tourisme, Elisabeth Köstinger, en annonçant mardi 20 février le dépôt d’un recours devant la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) contre l’approbation par la Commission européenne d’un plan de construction de deux nouveaux réacteurs nucléaires sur le site de Paks (Hongrie), à proximité de la frontière austro-hongroise [article de presse – en anglais].

Attribué à Rosatom, l’agence fédérale russe de l’énergie atomique, le marché litigieux a reçu l’aval des autorités européennes en mars 2017 et prévoit une livraison en deux temps à partir de 2025. Cette extension doit permettre à l’unique centrale nucléaire de Hongrie, qui fournit au pays près de 40 % de son électricité [article de presse – en anglais], d’augmenter sa capacité de production de 2,4 gigawatts, soit 120 % de sa puissance actuelle [article de presse – en anglais]. L’Autriche craint d’être gravement touchée en cas d’accident dans cette centrale, construite dans les années 1980 et fonctionnant encore à partir de technologies de l’ère soviétique [article de presse – en anglais].

Après plusieurs concessions de Budapest, la Commission avait finalement estimé que le projet respectait le droit de l’Union européenne en matière de libre concurrence et d’aides d’Etat, ce que conteste le gouvernement autrichien dans son recours. Le parlement hongrois avait décidé en 2015 de classer secrets les détails de l’accord passé un an plus tôt lors d’une rencontre entre le premier ministre Viktor Orbán et le président russe Vladimir Poutine, pour des raisons tenant à la « sécurité nationale » d’après le parti conservateur Fidesz. L’opposition hongroise soupçonne son gouvernement de corruption dans cette affaire, le marché d’extension du site de Paks ayant été passé avec Rosatom sans appel d’offre préalable. Ce marché est financé à 80 % par un prêt du gouvernement russe de 10 milliards d’euros [article de presse – en anglais], Vladimir Poutine s’étant même dit disposé à faire prendre en charge la totalité du coût des nouveaux réacteurs par son administration.

La nouvelle coalition gouvernementale formée en décembre dernier par le Parti du peuple (ÖVP) du chancelier Sebastian Kurz et le Parti de la liberté (FPÖ) perpétue par ce recours le discours anti-nucléaire tenu par Vienne depuis les années 1970. En 2015, le gouvernement autrichien avait déjà porté plainte contre le projet d’extension de la centrale de Hinkley Point, au Royaume-Uni.

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